Liberté Lente

Une famille québécoise adepte du "Slow Living"

Savon de Bastille pour peau sensible

Je l’ai déjà mentionné dans un billet précédent, mais j’ai commencé la savonnerie par nécessité plus que par hobby. Ma fille, bébé, avait une peau si sensible que même les savons « spécialisés » sans parfum de la pharmacie déclenchaient rougeurs et irritation.

À court d’idées, j’ai tenté un savon de Castille maison : 100 % huile d’olive, 8 % de surgras, rien d’autre.

Cible atteinte.
Aucune irritation.

Mais, comme souvent, la solution simple venait avec sa propre impermanence. L’huile d’olive étant liquide à température ambiante, le savon était très mou. Il fondait à vue d’œil, comme neige au soleil (ok, j’exagère un brin).


De Castille à Bastille

J’ai donc retravaillé la formule pour conserver la douceur, mais gagner en durabilité. Comme il n’est plus composé uniquement d’huile d’olive, ce n’est plus un Castille, mais un Bastille (80 % olive, le reste pour la structure).

L’idée est simple : garder l’olive comme cœur apaisant, ajouter juste assez de structure pour que le savon survive un peu plus longtemps que deux douches.


🧪 Recette – Savon de Bastille doux et durable

(Pour 1 kg d’huiles)

Phase aqueuse

  • Eau distillée : 380 g
  • Soude caustique (NaOH) : selon SoapCalc, surgras 8 %

Huiles

  • Huile de grignons d’olive : 800 g (80 %)
  • Huile de coco : 100 g (10 %)
  • Huile de ricin : 100 g (10 %)

Additifs (apaisants et techniques)

  • Avoine colloïdale : 15 g
  • Oxyde de zinc : 5 g
  • Lactate de sodium : 10 g

🧠 Notes de formulation (ou pourquoi ces choix)

🌿 Huile d’olive (80 %)
Toujours la base : douceur, tolérance, lenteur. Un savon qui prend son temps, comme il se doit.

🥥 Huile de coco (10 %)
Structure, dureté, un peu de mousse. Dosée modestement pour éviter l’effet décapant.

🌰 Huile de ricin (10 %)
Pour stabiliser la mousse et donner un toucher plus « crème » que « bulle ».

🌾 Avoine colloïdale
Classique dermatologique : apaisante, anti-prurit, avec un toucher légèrement soyeux.

⚪ Oxyde de zinc
Protecteur, anti-inflammatoire, et accessoirement blanchissant. Un minéral discret, mais efficace.

🧪 Lactate de sodium
Additif prosaïque mais précieux : augmente la dureté et facilite le démoulage. La concession technologique dans un projet très artisanal.


🕯️ Procédé (résumé)

  1. Préparer la solution de soude et laisser refroidir.
  2. Chauffer les huiles et viser 35–40 °C.
  3. Mélanger jusqu’à trace légère.
  4. Ajouter les additifs à trace fine.
  5. Couler en moule, isoler 24–48 h.
  6. Démouler, couper, puis cure 6 à 8 semaines (au minimum).

💸 Coût

  • Huile de grignons : 6,13 $
  • Huile de coco : 1,38 $
  • Huile de ricin : 0,98 $
  • Soude caustique : 1,52 $
  • Avoine colloïdale : 0,68 $
  • Oxyde de zinc : 0,16 $
  • Lactate de sodium : 0,68 $

Total : 11,53 $
Quantité après cure : ~1070 g
Coût : ~1,08 $ / 100 g


📊 Bilan du projet

Coût d’entrée : 💰💰
Un peu plus cher qu’un Castille pur, mais toujours très accessible.

Coût vs commerce : 💰💰
Oui, c’est plus cher qu’un savon Ivory, même la version « peau sensible ». Mais c’est une fraction du prix d’un vrai Castille ou d’un savon artisanal (souvent 8–10 $/100 g). Et soyons honnêtes : le coût devient secondaire quand on vise la santé de son enfant.

Temps investi : ⏳⏳⏳
Environ une heure de travail actif, puis beaucoup de patience pour la cure.

Difficulté : 🧰🧰🧰
Technique mais reproductible. La soude impose des mesures de sécurité non négociables.

Satisfaction : ❤️❤️❤️❤️❤️
Peau apaisée, savon durable, et une certaine paix intérieure.


Verdict

Un compromis acceptable entre pureté idéologique (100 % olive) et pragmatisme domestique (un savon qui ne disparaît pas entre deux bains).

Sans colorant, ni parfum, Ce Bastille n’est pas un renoncement.
C’est une maturation.


Faire du savon pour sa famille, c’est plus qu’un projet DIY de plus. C’est une forme de soin lent, presque une méditation matérielle. On mesure, on chauffe, on mélange, on attend. Rien ne peut être précipité sans conséquences.

Dans un monde où tout est instantané, le savon impose sa temporalité : la chimie a besoin de temps, la cure a besoin de semaines, la peau a besoin de douceur.

Il y a quelque chose d’étrangement apaisant dans cette lenteur imposée. Préparer un savon devient un petit rituel domestique : un geste concret, discret, mais profondément intentionnel. Un rappel que prendre soin, c’est souvent faire moins vite, mais avec présence.

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