Liberté Lente

Une famille québécoise adepte du "Slow Living"

baseball : le sport du temps long

Au risque de me faire lancer des roches — et de perdre mon statut de Québécois — je vais le dire franchement :

je n’aime pas le hockey.

J’ai essayé. Vraiment.

J’ai regardé des matchs des Habs avec les enfants, en espérant que quelque chose s’allume.
Mais rien.

Trop rapide.
Trop violent.
Trop de bruit.

Dès la première bagarre, je décroche.

Ce n’est pas un sport pour moi.


Le baseball, par contre…

c’est tout l’inverse.

Et c’est précisément pour ça que j’aime ça.


C’est lent.
Presque scandaleusement lent.

Un lanceur ajuste sa casquette.
Le frappeur gratte le sol, respire, ajuste ses gants, regarde… puis regarde encore.

Parfois, il ne se passe rien.

Une balle passe.
Le frappeur ne bouge pas.

Strike.

On recommence.


Le baseball refuse de se presser.

Il oblige tout le monde — joueurs, spectateurs, commentateurs — à attendre.
À habiter le temps plutôt qu’à le consommer.


Il y a une asymétrie magnifique là-dedans.

Un côté du terrain semble presque vide.
L’autre est chargé d’une tension silencieuse.

Le lanceur est seul, exposé, avec tout le poids du moment sur lui.
Le frappeur est seul, face à lui, avec une fraction de seconde pour décider.

Entre les deux :

un vide immense.

18,44 mètres.

Presque une infinité.


Une balle file à 150 km/h.

0,4 seconde pour choisir.


C’est presque une méditation publique :

des milliers de personnes regardent le même espace vide,
en attendant que quelque chose advienne…

ou pas.


Et puis il y a les statistiques.

Oui.

Les statistiques.


C’est le sport le plus chiffré, le plus disséqué, le plus analysé.

Chaque lancer a sa vitesse, sa rotation, son angle.
Chaque frappe a une trajectoire, une probabilité, une valeur prédictive.

On peut regarder un match 0-0…
et être captivé par les WAR, les OPS, les xERA, les heat maps.

Il y a même ces petites aberrations mathématiques:
6+4+3 = 2
Qui peut autant nous faire pleurer que célébrer.


C’est un sport qui récompense la patience analytique.

Exactement comme la fermentation.

On observe.
On note.
On attend.


Et parfois, après des heures de presque rien…

il se passe quelque chose de magique.


Mais le plus beau, c’est d’y jouer avec les enfants.

Ce moment où je suis sur la butte, hésitant :

lancer une balle facile pour qu’il goûte au contact…
ou une courbe hors cadre pour lui apprendre la retenue.

Et voir sa joie — même lorsqu’il ne frappe pas.


Car au baseball, ne pas frapper peut être un succès.

Un but sur balles.
Une avancée sans éclat.
Une victoire invisible.


Le baseball enseigne l’échec comme aucun autre sport.

Frappes réussies dans 30 % des cas…
et vous êtes parmi les meilleurs au monde.

Un coup sur trois,
c’est l’excellence.


Le reste du temps :

on rate.
on retourne au banc.
on attend son tour.
on recommence.


Il y a une beauté tranquille dans cette imperfection répétée.

Dans l’attente.
Dans le ratage assumé.

Parfois même dans l’échec volontaire :
une balle trop basse.
un lancer hors zone.


Lenteur.
Stratégie.
Retenue.
Analyse.
Échecs.


Tout est là.

Non pas dans l’action spectaculaire,
mais dans les intervalles.

Dans les temps morts.
Dans ce vide partagé.


Et peut-être que ce que j’aime vraiment du baseball…

ce n’est pas le jeu lui-même.

C’est qu’il me rappelle que la vie n’est pas une suite d’accélérations.

C’est une alternance de silences et de gestes.

Et que parfois,

attendre est déjà une façon d’agir. ⚾️

Une réponse à « baseball : le sport du temps long »

  1. j’adore mon ami!!! Toute une plume! Bonne saison de baseball 😚

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