Je me lance dans le grand bleu 😈
Rien de trop compliqué pour commencer : un bleu style fermier, juste pour m’essayer.
🧪 Ingrédients
Lait : 4 L
Chlorure de calcium : 1/4 c. à thé (dilué)
Cultures mésophiles : 1/32 c. à thé
Penicillium roqueforti : 1/32 c. à thé
Présure : selon dosage du fabricant (diluée)
🔬 Étape 1 – Assainissement
On ne le dira jamais assez : tout doit être parfaitement propre.
Je fais bouillir 10 minutes tout ce qui peut l’être, et je passe le reste au vinaigre (ou au StarSan).
🧫 Étape 2 – Maturation / Acidification
Je monte le lait à 32 °C. Le bleu aime un lait riche, j’utilise du lait 5%, mais vous pouvez aussi ajouter de la crème.
Je saupoudre les cultures mésophiles, laisse réhydrater 5 minutes, mélange doucement, puis laisse reposer 1 heure (couvercle fermé).
🧬 Étape 3 – Emprésurage
Présure diluée dans de l’eau non chlorée, ajoutée délicatement.
Repos 45 à 60 minutes.
Test du couteau :
si la coupe n’est pas nette, on attend 15 minutes de plus.
🔪 Étape 4 – Découpage & brassage
(l’étape clé pour un bleu!)
On coupe le caillé en cubes d’environ 1 cm.
Cycle :
- repos 10 min
- brassage doux 10 min
- repos 15 min
👉 Répéter ce cycle 3 fois.
Objectif : raffermir le caillé tout en gardant des cavités d’air (futur réseau de veines bleues).
🧺 Étape 5 – Égouttage (pré-moulage)
Après les cycles de brassage, on laisse le caillé reposer 5 à 10 minutes, puis on transvase doucement dans une passoire tapissée de coton fromage.
Objectif :
- enlever un maximum de lactosérum
- sans compacter le caillé
👉 Pour un bleu, on veut un caillé aéré, pas une pâte dense.
Égouttage : 30 à 60 minutes, en remuant très délicatement pour éviter les gros amas.
🧀 Étape 6 – Moulage
On transfère le caillé sans presser dans des moules perforés (faisselles).
Important pour un bleu :
- on ne presse pas fort
- on garde des poches d’air
- on remplit le moule en couches, en émiettant légèrement le caillé
Rūpaṃ śūnyatā, śūnyataiva rūpam.
La forme est le vide,
le vide est la forme.
Ici, c’est précisément la présence du vide qui permettra au bleu de se développer.
C’est poétique… mais c’est aussi très vrai.
💧 Étape 7 – Égouttage (encore)
On retourne les fromages toutes les 6 à 12 heures pendant 2 à 3 jours.
Objectifs :
- évacuer le sérum
- uniformiser la forme
- développer une croûte naturelle
Température idéale : 20–22 °C, humidité modérée.
🧂 Étape 8 – Salage
Après démoulage :
Sel sec sur toutes les faces (2 % du poids du fromage).
Sur 2 à 3 jours, en plusieurs applications.
👉 Le sel :
- ralentit les bactéries
- favorise le Penicillium
- structure la texture
🕯️ Étape 9 – Affinage (la vraie sorcellerie)
Température : 10–13 °C
Humidité : 90–95 %
Après 7 à 14 jours :
👉 On pique le fromage (brochette, aiguille ou clou stérilisé) pour oxygéner l’intérieur.
C’est là que le Penicillium roqueforti envahit les galeries d’air et crée les marbrures bleues.
Affinage total :
1 à 3 mois
(ou plus si tu es patient… et légèrement masochiste).
🕯️ Étape 10 – Déguster
Avance rapide : un mois et demi plus tard.
J’ouvre le bleu.
Je remarque qu’en plus du bleu de P. roqueforti, une petite couche blanche, légèrement poussiéreuse, s’est installée sur la croûte : probablement du Geotrichum candidum.
Un intrus… mais pas si surprenant.
Je l’utilise dans plusieurs de mes fromages qui affinent dans le même refroidisseur à vin. C’est un spore très volatil, et une contamination croisée n’est ni étonnante ni dommageable. Au contraire, je suis content de le voir.
Bref.
On ouvre le bleu.
Mon fils goûte et dit :
« Papa, il est très bon ton bleu. »
Je goûte à mon tour.
Très doux.
Pas trop bleu.
Il me plaît beaucoup.
Je vais à l’ordinateur ajouter cette note.
Quand je me retourne :
plus de bleu.
Les enfants ont tout mangé.
Et mon fils ajoute :
« Il était excellent, papa. »
Deux mois de patience pour une bouchée et des enfants heureux.
Ça en valait la peine.

🌱 Mini-réflexion slow living
Faire un bleu, c’est accepter l’impermanence et la perte de contrôle.
On crée les conditions… puis on s’efface.
Les bactéries, les levures et les moisissures prennent le relais.
Le fromage devient presque une méditation :
on prépare
on observe
on attend.
🧾 Bilan du projet : Fromage bleu maison
💰 Coût d’entrée : 💰💰💰💰💰
Je vous promets un billet un jour sur comment réduire le coût d’entrée en fromagerie — c’est possible.
Mais pour un bleu, qui demande des ferments particuliers et un contrôle assez précis de la température et de l’humidité d’affinage, il n’y a pas beaucoup de raccourcis.
Soyons honnêtes : le coût d’entrée est assez prohibitif.
💸 Coût vs commerce : 💰
Un bleu artisanal : 40–80 $/kg
Ton coût maison : 10 $/kg
👉 Jusqu’à 80 % d’économie
(payant en temps plutôt qu’en argent).
Cela dit, si vous avez des enfants qui le dévorent entièrement pendant les 10 minutes que vous prenez pour mettre votre billet à jour…
ce n’est peut-être pas aussi rentable d’un point de vue personnel.
Note: pour le prochain, je vais essayer de faire pousser mon propre P. Roqueforti pour déprendre encore un peu moins du commerce et diminuer mes coûts.
⏳ Temps investi : ⏳⏳
3–5 heures actives sur 3 jours
1 à 3 mois d’affinage passif
Un projet très lent.
🧰 Difficulté : 🧰🧰🧰🧰
- hygiène rigoureuse
- contrôle température / humidité
- acceptation du chaos biologique
Ce n’est pas difficile.
Mais c’est exigeant.
❤️ Satisfaction : ❤️❤️❤️❤️❤️
Voir apparaître les veines bleues est ridiculement satisfaisant.
C’est littéralement observer un écosystème travailler pour toi.
🌍 Verdict : 🌱🌱🌱🌱
La fromagerie maison, c’est :
- une économie réelle
- un geste d’autonomie
- une pratique contemplative
- un acte discret d’anti-consumérisme
- un dialogue intime avec le vivant
Le fromage bleu, c’est un peu le boss final du DIY.
Comme souvent avec le vivant :
on prépare le terrain…
puis on laisse la vie faire le reste.

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