Cette histoire commence un matin pluvieux de printemps.
Ne pouvant pas faire d’activités extérieures avec les enfants, je décide de faire un fromage maison — peut-être un autre reblochon, vu la vitesse à laquelle le dernier a disparu.
Je pars à pied vers mon épicerie bio.
J’aime ce moment-là : marcher seul sous la pluie pour aller chercher ce lait de vache non homogénéisé que j’utilise habituellement.
Mais la vie aime bien dévier les plans.
Il n’en reste qu’un litre.
Il m’en faut au moins quatre.
Tant pis.
Je le prends quand même — les enfants l’adorent.
Et pour le fromage ?
Ce sera du lait de chèvre.
Inutile de résister.
On va suivre le courant.
Je rentre sous la pluie.
C’est calme. Presque immobile.
Et c’est là que la recette se décide.
Un fromage pour ce genre de journée :
gris,
humide,
imprévisible.
Un fromage qui ne force rien.
La branche qui plie ne casse pas.
Alors ce sera un fromage lent.
Paresseux.
Sans tension.
Un fromage aux cultures vivantes,
où l’on laisse la vie travailler plutôt que d’imposer un cadre trop strict.
Ça tombe bien :
j’ai un surplus de kéfir de lait.
🧪 Recette — Fromage de pluie au kéfir
Ingrédients
- 4 L de lait de chèvre
- 60 g de kéfir de lait (idéalement à partir de grains)
- 2 g de présure diluée
- Sel
🧬 Procédé
🔥 Étape 0 — Assainissement
L’hygiène reste la base.
Tout ce qui peut bouillir : 10 minutes.
Le reste : soigneusement désinfecté.
🔥 Étape 1 — Chauffage
Chauffer le lait à 32 °C.
🧫 Étape 2 — Ensemencement
Ajouter le kéfir et la présure diluée.
Mélanger doucement.
🧪 Étape 3 — Patience
Couvrir… et attendre.
Un jour.
Peut-être deux.
Jusqu’à voir apparaître une fine pellicule blanche sur le petit-lait
— signe que la vie s’installe.
🧀 Étape 4 — Moulage
Verser le caillé en couches dans les faisselles, sans presser.
Laisser égoutter 24 h.
Retourner dès que possible (souvent après ~12–14 h).
🌬️ Étape 5 — Salage
Saler en surface :
≈ 2 à 2,5 % du poids.
🕯️ Étape 6 — Séchage
7 à 10 jours, à 10–20 °C.
Retourner chaque jour.
Le fromage se transforme lentement.
🕯️ Étape 7 — Affinage
2 à 8 semaines, à 10–12 °C, ~90 % d’humidité.
Retourner tous les deux jours.
🧀 Étape 8 — Déguster
Dans mon cas : 3 semaines.
On l’ouvre un matin, presque sans cérémonie,
pour en glisser un morceau dans la boîte à lunch des enfants.
Verdict ?
Une pâte légèrement suracidifiée,
plus sèche, un peu friable — moins « chèvre crémeux », plus rustique.
Mais vivant.
J’ai peut-être aussi eu la main un peu lourde sur le sel.
Un goût de chèvre bien présent,
avec une petite pointe de noisette amenée par le kéfir.
Un fromage imparfait.
Donc réussi.

🌱 Mini-réflexion
Ce fromage n’était pas prévu.
Et, au fond, il ne pouvait pas l’être.
Comme le reblochon.
Comme bien des choses.
Certaines journées demandent simplement :
de ralentir,
de lâcher prise,
de faire confiance.
Laisser les microbes travailler.
Accepter de ne pas tout contrôler.
Parfois,
les meilleurs fromages — et les meilleures journées —
naissent exactement là.
🧾 Bilan du projet
💰 Coût d’entrée : 💰💰💰💰
Lait, présure, moules, thermomètre…
💸 Coût vs commerce : 💰
Artisanal : 40–80 $ / kg
Maison : 8–15 $ / kg
⏳ Temps investi : ⏳⏳
≈ 1 h actif
- plusieurs semaines de patience
🧰 Difficulté : 🧰🧰
Technique simple
Hygiène rigoureuse
Un peu de confiance dans le vivant
❤️ Satisfaction : ❤️❤️❤️❤️❤️
🌍 Verdict : 🌱🌱🌱🌱
Faire un fromage comme celui-ci, c’est :
ralentir
observer
laisser faire
accepter l’imprévu
Bref.
Un peu de slow living.
Et, parfois,
c’est exactement ce qu’il faut. 🧀🌧️

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