Liberté Lente

Une famille québécoise adepte du "Slow Living"

Manifeste : Ouvrir la boite noire

Souvent, lorsque j’entreprends un nouveau projet — fromagerie, tricot, savonnerie — je découvre combien c’est plus simple que je ne l’avais imaginé. Et pourtant, cela ne devrait pas me surprendre : ces gestes faisaient partie du quotidien de nos ancêtres, il n’y a pas si longtemps.

Aujourd’hui, je peux sembler « étrange » ou « zélé » en transformant mes huiles de cuisson usées en savon hyper dégraissant. Et pourtant, une collègue d’origine italienne me racontait avoir vu sa grand-mère faire exactement la même chose.

Nous avons enfermé ces savoirs dans une boîte noire, opaque. Souvent, c’est nous-mêmes qui l’avons refermée, pris dans notre vie effrénée. Trop pressés, trop occupés, nous n’ouvrons plus la boîte pour en explorer le contenu. Les gestes restent là, oubliés, sous un couvercle simplement posé, jamais verrouillé.

Si je choisis de l’ouvrir, ce n’est pas pour idéaliser le passé. J’aime ces savoirs revisités, modernisés : la soude caustique pure pour mes savons, les cultures lyophilisées et le brûleur à induction pour mes fromages. La modernité nous simplifie la vie, et c’est une chance. Mais j’aime que ces avancées restent un outil — nous aider à faire — plutôt qu’une prothèse, faisant le travail à notre place.

Ce n’est pas par anticapitalisme : je participe, je profite.
Par anticonsumérisme ? Par pensée écologique ? Oui, certainement.

Mais surtout, c’est une pensée philosophique, cherchant autonomie, réappropriation du temps, et économie du geste. Je veux changer mon rapport aux choses.

Pour moi, une barre de savon n’est pas qu’un objet à acheter en trente secondes par nécessité. C’est un projet. Un espace où je dépose mes connaissances, mon énergie, ma patience. Cela me rend attentif, présent, pleinement conscient. Chaque geste devient une méditation, un lien avec le monde, avec le vivant, plutôt qu’un simple acte de consommation aveugle.

Alors, quelle est la boîte noire que vous avez le plus peur d’ouvrir chez vous ? La mécanique, la cuisine de base, la couture… ou un autre savoir oublié qui ne demande qu’à être redécouvert ?